COLLECTION ROBERT BRANDY

Les Portes du Paradis

Das Magazin RÉTROVISEUR
berichtet in der Ausgabe 11/2009
über den Kunstmaler und Sammler

Robert Brandy

Rétroviseur 11/2009

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Une visite à son atelier s'imposait donc. Un atelier d'un genre. bien particulier surnomme par son ami Jean Sorrente "Les Portes du Paradis", Robert Brandy me tend la main, souriant, et me voilà d'entrée plongé dans un tourbillon de couleurs: des jaunes, des rouges, des verts, projetés par les innombrables bidons d'huile d'époque qui ont envahi les murs, sans oublier les pigments naturels des tableaux finis et inachevés, qui ornent le décor ambiant. Je distingue un collage, une miniature Schuco des années 50, une pomme de Cézanne. Où suisje donc?
En m'approchant d'une voiture, je caresse des yeux la nuance Old English White d'une Austin-Healey 100 de 1953. La peinture légèrement craquelée à certains endroits semble d'origine: «j'hésite à la refaire, j'aime bien ces cicatrices du temps», me confie le maître des lieux. C'est sûr, j'aurais dû amener mon Schaeffer de 1954 à l'encre verte pour prendre des notes. De fait, je n'ose pas sortir de ma poche le très quelconque Bic (millésimé 2008) qui s'y trouve. Il va donc me falloir mémoriser des bouts de conversation, mais cet exercice difficile me paraît infiniment préférable à la faute de goût que j'allais commettre...

VOYAGES ARTISTIQUES
Bernard Noël l'avait dit ici même, une tasse de café à la main: «Quand on entre dans
Il y a quelques années, j'ai visité une exposition d'art. A l'affiche, des autoportraits, aux frontières entre le figuratif et l'abstrait. Certaines œuvres "déstructuraient" l'automobile quelques détails accessoires permettant toutefois d'identifier le modèle de référence. Chassez le naturel: derrière l'artiste Robert Brandy se profilait l'ombre d'un collectionneur, Il nous fallait évidemment creuser la question ...
l'atelier de l'artiste, on croit s'être égaré dans le garage d'un collectionneur.» Mais est-ceque le contraire ne serait pas aussi vrai? Chez Robert Brandy, en effet, il n'y a pas de cloisonnement entre le garage et l'atelier. «Je ne commence jamais une peinture avec une idée en tête,» confesse notre hôte. C'est la même chose lorsqu'il démarre sa Reliant Scimitar et part à la recherche de tonalités naturelles empruntées aux bois qui entourent les petites routes de Kopstal, Bridel ou encore plus loin, vers les Ardennes.
D'après l'Alsacien Joseph Paul Schneider qui le connaît bien, « pour Robert Brandy, la voiture est avant tout une sensation dynamique.» Ce dernier confirme: «il m'arrive parfois de quitter mon atelier au volant de l'Healey ou de la Reliant tout simplement pour voir défiler le paysage pendant une heure ou deux.»
L'artiste s'offre ainsi des voyages sur route qu'il recommencera sur la toile en peaufinant les trajectoires de ses pinceaux.
A vingt ans, il roulait en Frogeye et faisait de fréquents déplacements entre Luxembourg
et Paris, même en hiver. A l'époque, les autoroutes n'étaient encore qu'un doux rêve en France. Il conduisait la nuit pour arriver à Paris d'un trait. Lorsque vous avez la chance, à vingt ans, de rouler dans un petit roadster "british" à conduite à droite, tout vous est permis, et la route ne paraît jamais longue. Peu après, parce qu'il ne mangeait pas à sa faim, il a dû se séparer de ce précieux vestige du génie anglais. Il faut dire que la formation artistique qu'il suivait à Aix-en-Provence se payait en argent liquide et pas en rêves. Il s'est donc habitué à dormir (et à rouler) dans un vieux combi Volkswagen pour économiser le budget "loyer", mais il savait déjà qu'un jour, il rachèterait une Frogeye, peut-être pas la même, mais cette fois, ce serait pour la garder toute sa vie.

DES SCULPTURES
A CONDUIRE
Dans ce quartier aisé, proche du centre de Luxembourg où Robert Brandy s'est installé, les sculptures de l'allemand Georg Steng ou celles du Luxembourgeois Bertrand Ney


POUR ROBERT
BRANDY, LA VOITURE
EST AVANT TOUT
UNE SENSATION
DYNAMIQUE.




BSA "Three Wheeler" 1934. L'engin idéal
por qui veut réapprendre à conduir...
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vous accueillent dans le jardin qui s'épanouit devant l'atelier. Plus tard, Robert me proposera de placer ses voitures près des sculptures, un voisinage propice à la réflexion: les voitures ne seraient-elles pas finalement (et surtout) des sculptures mobiles?
Le célèbre styliste américain Gordon Buehrig (auquel on doit les lignes magis­ trales de la Cord 810) le pensait déjà à son époque. C'est dire.
Pour Robert Brandy pas le moindre doute, « mes voitures sont des sculptures que je peux conduire...»
Mais il n'est pas seulement fasciné par le style de ses différentes acquisitions, il les aime au point de les utiliser à tour de rôle, tout au long de l'année. Il n'y a pas si longtemps, il avait ainsi coutume de déposer à l'école son fils Kevin à bord d'une Austin­Healey 3000 MK IIA de 1963 équipée d'une boîte de vitesses "course". Un amateur de rallyes historiques a voulu lui acheter cette voiture. Il a beaucoup insisté et Robert a fini par accepter de la lui céder pour la remplacer dans les plus brefs délais par une BSA Three Wheeler de 1934. Un véhicule bien singulier qu'il résume ainsi:
«Il a fallu s'habituer à son comportement très typé.
N'étant pas timide à l'approche des épingles, j'ai constaté très vite que l'arrière décrochait brusquement. Un jour, je me suis fait une grande frayeur au point de me retrouver cul par-dessus tête en "négociant" un rond point, pourtant banal, alors que je revenais d'une tournée de commissions en ville avec Kevin. Malgré tout, j'aime beaucoup le style de cette BSA, elle fait plus "voiture" qu'une Morgan ou un Messerchmitt du même genre, et elle est très pratique en ville, à condition de savoir la tenir. En plus, la sensation "tout à l'avant" est très accentuée du fait qu'il n'y a pas de poids sur l'essieu arrière ou si peu...»
«Jean Kessler, grand spécialiste Bugatti et restaurateur de ce véhicule, (il me l'avait cédé en échange d'une Reliant Sabre Six préparée "racing", a bien voulu la reprendre. Tel était sans doute son destin...»

UNE VOITURE POUR
TOUTE LA FAMILLE
La voiture la plus "bourgeoise" de sa collection n'est autre qu'une charmante Riley Kestrel des années 30, dénichée en Allemagne.
Il s'agit de sa plus récente acquisition: «Jusqu'alors, je n'avais possédé que de petits roadsters aussi vivants qu'exigus.
Depuis un bon moment, je cherchais une confortable berline quatre portes permettant à tous les membres de ma famille de voyager simultanément dans la même voiture...»
La famille, ça compte beaucoup pour Robert, c'est même sa priorité absolue. Lorsque sa fille ainée Maureen a décidé de quitter le foyer, elle est allé s'installer à quelques encablures de la maison de ses parents. Elle est partie en style à bord de la Reliant Sabre Six de 1963, en insistant pour la payer avec ses premiers salaires d'institutrice!
Maureen n'a pas fait le mauvais choix. Ce modèle trouvé par son père en Angleterre est dans son état de sortie d'usine. Hormis la peinture, tout est strictement d'origine et l'option overdrive, actionné électriquement, facilite la vie à bord lors des longs parcours sur route ou sur autoroute. Cette voiture a d'ailleurs fait l'objet de plusieurs essais publiés par la presse spécialisée britannique et son historique est absolument complet.

PODIUM AFFECTIF
En revanche, la Reliant Scimitar (modèle 1970) a été restaurée de A à Z, sans prendre en considération le fait qu'une fois

Rétroviseur 11/2009, Seite 83 Cette 100/4 des
origines,
remarquablement
conservée, résume
sa "philosophie"
de l'automobile.
Une façon très
"naturelle" de vivre
la route au plus
près.

«MES VOITURES
SONT DES
SCULPTURES
QUE JE PEUX
CONDUIRE.»

ROBERT BRANDY





terminée, son prix de revient dépasserait largement sa valeur sur le marché. D'après Robert Brandy, cette voiture méconnue mériterait une plus grande notoriété. Ce joli coupébreak se révèle très logeable et le toit ouvrant aide à dissiper la chaleur dégagée par le moteur, un V6 Ford 3 litres fiable et facile à entretenir. Les jantes et les pneus (un peu larges) ne sont cependant pas ceux d'origine et rendent la direction un peu dure lors des manœuvres de stationnement. Ce problème sera bientôt réglé avec l'installation d'un servo: «je ne me lasse jamais de la conduire, précise Robert, et elle offre en outre une grande polyvalence. Si la puissance du moteur Ford n'est pas transcendante, sa souplesse et son couple copieux garantissent à défaut de très bonnes reprises...»
Coté affectif, c'est l'Austin-Healey-Sprite 1959 qui occupe la première marche sur son podium personnel. Cette voiture a elle aussi été restaurée, mais, à la différence de la Scimitar, la Frogeye respecte strictement l'état d'origine.
La grille de calandre chromée a même été conservée (beaucoup de Frogeye s'en passent), mais Robert Brandy la préfère ainsi. Il la possède depuis un quart de siècle et semble ne jamais devoir s'en lasser.
Son engouement pour les Austin-Healey l'a incidemment conduit à prendre la présidence du Healey Club Luxembourg. L'occasion pour lui de pousser ses recherches et de collectionner les documents sur le fondateur de la firme, Donald Healey. Il a ainsi appris que son Healey 100 BN1 présentée dans ces pages est l'une des premières de l'espèce, puisqu'elle a été fabriquée en 1953. Elle aussi est restée dans son état d'origine, et n'a été repeinte qu'une fois.
Pendant la réalisation de ce reportage, le GSM de Robert a retenti plusieurs fois. L'un des appels provenait d'un dignitaire de la Cour des comptes européenne. Robert doit en effet finaliser ces jours prochains une commande émanant de cet organisme. Elle sera bientôt dévoilée au siège de l'institution européenne située dans le quartier de Kirschberg à Luxembourg. Il s'agit d'une grande toile de 1,5 mètre sur 3, destinée à décorer le hall d'entrée de la Cour des Comptes. Pour lui, c'est une véritable consécration: «Je fais désormais partie du patrimoine européen», commente-t-il, sourire aux lèvres.

L'ÉLÉMENT COMMUN
Voici vingt ans, Robert a décidé d'offrir à ses voitures un cadre approprié. Parmi différentes possibilités de décoration, il s'est décidé pour des murs couverts de bidons
d'huile, auxquels se sont ajoutées des plaques émaillées et d'anciennes pompes à essence! Il a baptisé "Petroliana" cette nou­ velle passion, un autre thème de collection qui compte aujourd'hui pas moins de 1.000 exemplaires différents. Il ne me l'a pas avoué directement, mais je le soupçonne d'avoir trouvé dans le précieux lubrifiant l'élément commun aux peintures et aux moteurs à explosion...
Son bidon d'huile le plus ancien date des années 20 et provient des usines De-Dion Bouton. Les exemplaires survivants sont plutôt rares aujourd'hui. Pour Robert, cette autre quête du Graal ne semble pas avoir de limites. Concernant les plaques émaillées, notre hôte éprouve un penchant marqué pour le thème de Bibendum. Deux de ses plaques datent de 1920, et représentent un Bibendum cycliste et un Bibendum fumeur. Elles figurent aujour­ d'hui parmi les plus recherchées. Robert a représenté quelques voitures sur ses toiles, mais il ne pratique pas le figuratif et ne cherche nullement l'exactitude des volumes, malgré une formation au dessin technique. Quelques portraits "libres" de ces modèles font néanmoins partie de son histoire d'artiste, mais sa peinture a rejoint désormais l'univers de l'abstraction. Qu'en est-il aujourd'hui de ses rêves de collectionneur? Une Amilcar de course ou une Sunbeam de la même époque feraient bien son affaire. Si vous en connaissez une à vendre...


TEXTE MARIO LAGUNA PHOTOS MARIO LAGUNA ET ARCHIVES ROBERT BRANDY

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Des princeaux à l'auto, comment trouver le lien? Pour Robert, l'huile est l'élément commun, ce qui explique ce penchant irrésistible pour les bidons de lubrifiant qui composent un décor connoté (et coloré) dans son garage.
Texte et photos: MARIO LAGUNA